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La maison de l’enfance sur de bons rails

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Le chantier du pôle-enfance jeunesse du Clunisois à la gare de Cluny entre dans sa dernière phase, avec la fin des aménagements intérieurs et le lancement des travaux aux abords du bâtiment. À l’occasion des vacances scolaires, clunisois.fr fait un point d’étape de ce chantier avant sa livraison à l’automne 2014.

Le centre de loisirs La Marelle ouvrira ses portes lundi pour son dernier été à l’école Marie-Curie de Cluny. Quelques centaines de mètres plus loin, le club jeunes fera de même pour son dernier été aux Griottons. Car dès cet automne, les deux structures intercommunales rejoindront la maison de l’enfance-jeunesse du Clunisois, à l’ancienne gare de Cluny.
Cette vaste structure de 600 m2, installée dans l’ancien quai couvert des marchandises, subit actuellement une profonde mutation, qui achèvera la transformation de l’ancienne gare de Cluny en pôle dédié aux loisirs, avec la voie verte, le city-stade et le skate-parc.

Conçue pour être la fois adaptée à ses futures destinations tout en étant largement modulable, la maison de l’enfance-jeunesse du Clunisois sera utilisée à 50 % de sa surface par le centre de loisirs et à 16 % par le club jeunes, le reste des espaces étant partagés entre les deux structures (dont la grande salle multi-activités de 106 m2, qui accueillera également toutes sortes d’activités et de réunions portées par d’autres structures de la Communauté de communes du Clunisois).

Pour rappeler l’histoire du bâtiment, le cabinet d’architecture Le Gallée, qui a dessiné le projet, a choisi de conserver la trace du quai intérieur où les trains s’arrêtaient pour charger les marchandises, qui constituera désormais un vaste espace d’accueil de 70 m2.

De la compagnie des Dombes au PLM

Mais revenons un peu en arrière. Il y a encore quelques mois, le quai couvert était laissé à l’abandon, dernier vestige d’une courte histoire des chemins de fer à Cluny, débutée en 1870. Le 16 août plus précisément. Alors qu’à 400 km de là en Dordogne se noue le drame de Hautefaye (raconté avec gourmandise par Jean Teulé dans « Mangez-le si vous le voulez ») en pleine guerre franco-prusienne, l’ambiance est bien plus légère à Cluny, où la compagnie des Dombes met en service la ligne de chemin de fer Paray-le-Monial / Mâcon via Cluny.
La gare est dite « en rebroussement » c’est-à-dire qu’elle constitue un cul-de-sac où le train doit faire machine arrière pour repartir. Initialement prévue à La Corbette, sa construction au pont de l’étang a eu pour conséquences de la rapprocher du centre-ville et de tripler la longueur du tunnel du Bois-Clair, mais permettait surtout d’éviter de fortes rampes pour franchir la montagne.

En 1884, la fameuse compagnie du Paris-Lyon-Marseille (PLM) reprend l’exploitation de la ligne Paray-le-Monial / Mâcon et construit une ligne de Chalon-sur-Saône à Pouilly-sous-Charlieu en s’appuyant sur le tronçon Cluny-Clermain existant. La compagnie décide aussi de doter la gare de Cluny d’un quai couvert pour les marchandises. Quatre années plus tard, le 20 octobre 1888, la ligne Chalon-Cluny est mise en service, ainsi que le quai des marchandises.


Vue d’ensemble de la gare à la fin du XIXe siècle, avec la halle des marchandises en service (à droite).

Le début de la fin

Mais l’histoire avance vite, malheureusement plus vite que les trains de la compagnie PLM, qui est nationalisée en 1938 et passe sous le giron de la SNCF.
Malgré des protestations de toutes parts, dont celle des frères de Taizé qui voient affluer beaucoup de pèlerins sur la colline grâce au chemin de fer, la SNCF décide la fermeture du trafic voyageurs sur la ligne Chalon-Cluny en 1968. La ligne survivra toutefois jusqu’au 1er janvier 1992 grâce au trafic de marchandises qui subsiste grâce à la menuiserie GIMM de Cluny et à l’usine de Massilly, toutes deux situées au pied des voies. Le 17 octobre 1994, le ministère de l’équipement, des transports et du tourisme du gouvernement Balladur décrète le déclassement de la ligne, dont le démontage débute dans la foulée.


Un autorail de type « Picasso » à Taizé en 1968 (source : Jean-Pierre Doucet).

Mais a cette époque, cela fait déjà longtemps que le quai des marchandises est à l’abandon. Ouvert à tout vent, le petit bureau côté nord est jonché de papiers et formulaires devenus inutiles, étalés sur le parquet qui gondole sous la force des éléments. A l’intérieur, la grande halle se dégrade au fur et à mesure que les vitres puis les portes sont brisées, et la végétation envahit les lieux.
A la fin des années 1990, alors que l’enlèvement des rails puis celle de l’abri achève la désaffectation de la gare de Cluny, le lieu devient l’objet de dégradations plus systématiques et sa structure commence à être mise à mal. La halle couverte est cédée au franc symbolique par la SNCF à la Ville de Cluny, qui ne sait qu’en faire.


La halle des marchandises de la gare de Cluny à l’abandon en 1987 (photo : Jacques Gody).

La renaissance

Finalement, 45 ans après avoir vu passer son dernier train, c’est sous l’impulsion de la Communauté de communes du Clunisois (qui récupère le bâtiment pour l’euro symbolique), que le quai couvert va renaître.

Entre temps, la gare de Cluny a beaucoup changé. Dès 1997, ses voies sont remplacées par une voie verte, la première d’Europe, qui relie Cluny à Givry sous forme de piste cyclable sécurisée. Cet équipement porté par le Conseil général est complété par un city-stade sous l’impulsion de la Ville, puis équipé d’un skate-parc début 2000 par la Communauté de communes. D’un lieu de transit, la gare de Cluny devient un espace de loisirs, dont le seul vestige d’une époque passée reste le quai couvert.

 

Le chantier débute à l’automne 2013 par d’importants travaux de structure. Le pignon sud, non porteur (il était constitué à l’origine d’une façade en bois, au cas où il faille agrandir la halle – une pratique courante dans les bâtiments de la SNCF au début du siècle) est entièrement déconstruit. Le sol est démoli puis remis de niveau, faisant disparaître l’emplacement des rails en contrebas des quais de chargement.
Comme tout chantier, celui-ci connaît ses impondérables : en novembre 2013, une étude de structure nécessite une consolidation des fondations. Une mauvaise surprise en entraînant une autre, on découvre à l’angle nord-est une ancienne cuve de récupération des eaux non signalée sur les plans d’époque, qu’il convient de combler. Le petit bureau côté nord est rapidement détruit, et le creusement des fondations fait apparaître les futurs contours de l’extension bois du réfectoire de 46 couverts.

L’hiver plutôt clément n’arrête pas le chantier, qui progresse très vite. En février, tous les conduits sont passés, la dalle coulée et les ouvertures réalisées. Le pignon sud a retrouvé une façade toute en bois et la cantine est presque entièrement montée côté nord.
En mars, le bâtiment est déjà hors d’eau et hors d’air, et les premiers tests d’étanchéité sont réalisés. La chaudière s’installe ainsi que la ventilation double flux. Le 18 mars 2014, les financeurs du projet se rendent sur place pour une visite de chantier.

Depuis avril, les espaces intérieurs se dessinent avec la pose des cloisons, des plafonds, tandis que les abords commencent à être aménagés pour accueillir la cour extérieure (à l’emplacement du skate-parc, qui déménagera quelques mètres plus au nord) et les accès routiers, piétons et handicapés au bâtiment.

En attendant la livraison du bâtiment à l’automne 2014, suivez l’avancée du chantier (et d’autres petites histoires) sur le micro-blog du quai de la gare de Cluny.

Sources et remerciements particuliers : Jacques Gody, Jean-Noël Paquet, Jean-Pierre Doucet, Thierry Père, Les trains de l’histoire.

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